L’argent n’est pas une masse informe, autonome, qui obéirait à sa propre rationalité. Moyen d’échange, mais aussi support de morale, il a une odeur : tout argent ne se vaut pas. Nous passons notre temps à tracer et déplacer les frontières entre des usages justes et injustes selon des normes toute personnelles, qui s’entrechoquent bien sûr avec de plus larges systèmes de jugement. Nos rapports au fric sont modelés par la rencontre permanente, et à bas bruit, entre des pratiques sociales, des représentations morales, une sphère économique qui se financiarise de plus en plus, et des politiques publiques. Quels enjeux politiques y a-t-il donc à échanger collectivement ou ouvertement sur les diverses significations et usages de l’argent ? À s’engueuler sur le sujet ? À observer finement la manière dont les rapports à l’argent de certain·es sont dominés, éduqués, orientés ? À regarder quel récit politique nous est proposé à travers la lecture d’un budget ? Bienvenu·es dans le Flouze complet, anti-manuel de la pudeur pécuniaire.
Dossier illustré par Marion Jdanoff.