Salut Camarade Héritièr·e !

Une émission radiophonique sur les inégalités matérielles dans les milieux « militants »

 

En partenariat avec l’émission "Libre débat" sur Radio Galère à Marseille, Panthère Première a invité trois personnes qui ne possèdent pas de patrimoine familial et qui n’ont, de ce fait, pas de perspective d’héritage, à parler des conditions matérielles dans lesquelles elles mènent les existences qu’elles souhaitent. L’une est documentariste, la seconde est musicienne et la troisième, parmi de nombreuses activités, anime des émissions radiophoniques, a milité au sein d’un mouvement d’éducation populaire, travaille en cuisine et poursuit ses études en sciences de l’éducation. Toutes sont des enfants de l’immigration postcoloniale. Et toutes côtoient des milieux « militants », composés de personnes qui entendent partager une même vision de la justice sociale, à savoir la résorption des inégalités économique, sociale et raciale1. On sait pourtant qu’il ne suffit pas de nommer les inégalités pour les enrayer, et c’est justement ce dont parlent Fatima, Ben et Fatou dans cette émission2 : de la manière dont les privilèges sont ancrés dans les détails ; de la manière dont le fait d’avoir ou non un patrimoine (financier, immobilier) modifie fondamentalement la posture, les conditions, la durée et le sens de l’engagement ; de la manière, enfin, dont les inégalités matérielles fondent des rapports de domination souvent passés sous silence dans les milieux mêmes qui essaient de les combattre. Fatima, Ben et Fatou cherchent à comprendre ce qui instaure une distance parfois infranchissable avec leurs camarades et explorent des pistes pour imaginer de nouvelles solidarités.

Fatou : « Les militants les plus privilégiés ne verraient-ils les injustices que là où ça les arrange, comme si leur socialisation les empêchait de voir certaines inégalités ? » 

Ben : « Dans la promiscuité du collectif, il n’y a pas d’espace pour constater les privilèges et les inégalités. On n’en parle que lorsqu’il s’agit de s’unir contre l’ultralibéralisme et les patrons, quand c’est loin ; on est pour la justice sociale, mais il faudrait pas diviser la lutte ! »

Fatima : « Il y a souvent des arrogants pour te faire culpabiliser quand tu as recours au travail salarié. Évidemment que je déteste le salariat moi aussi. Je voudrais pouvoir vivre uniquement grâce à ce que j’aime et sais faire. Mais quand la situation devient trop précaire, je suis obligée d’y revenir. Malheureusement je ne peux pas toujours prendre le risque d’assumer jusqu’au bout le mode de vie que j’ai choisi. »

Fatou : « J’ai souvent l’impression d’entendre les militants réinventer l'eau tiède, parce que ça manque de vécu collectif, que les personnes minorisées concernées sont très peu présentes dans ces espaces et que de toutes façons, on ne les écoute pas beaucoup. »

BONNE ÉCOUTE !

[1]  Luttes féministes dans toute leur variété, mouvement squat ou pour le droit au logement, collectifs antiracistes, mobilisations de soutien aux personnes migrantes ou sans-papiers, à des luttes professionnelles…

[2]  Enregistrée le 17 janvier 2018, l’émission est écoutable en intégralité ici.

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